30/11/2025 dedefensa.org  7min #297602

L'incroyable bataille Usa versus « nous »

 Journal dde.crisis de Philippe Grasset  

29 novembre 2025 (18H50) – Certes, le "nous" est ironique : il désigne les "responsables" (?) européens de cette UE dont nous faisons partie tout en nous situant dans un autre univers, très-très différent. Alors que la bataille fait rage en Ukraine où les Russes balayent partout les défenses ukrainiennes en plein chaos, "nous", – ici à ‘dedefensa.org', – serions plutôt du même univers que cet officiel de l'administration Trump, secrétaire (ministre) de l'US Army, ancien condisciple de J.D. Vance au temps des écoliers, et devenu le remplaçant de l'inimitable Kellogg en apportant avec lui l'état d'esprit de Vance. Ces Temps-devenus-fous sont aussi ceux des paradoxes, quand "nous" trouvons de la vertu aux américanistes contre les Européens.

Le ministre Daniel P. Driscoll, rapportent nos deux lascars  Christoforou-Mercouris, a connu de sévères mésaventures à Kiev, à rapporter aux ambassadeurs européens la réalité de l'effondrement ukrainien, – au point d'être qualifié de "répugnant" dans une confidence d'un responsable européen, – au point d'annuler une visite à Londres, sans doute de crainte de se faire lyncher par les ministres et les généraux du Premier Ministre Starmer... Il faut dire, hein, de telles menteries sont insupportables !

Christoforou : « Driscoll, le secrétaire à l'Armée de terre américaine, reconnaît que "l'Ukraine ne peut pas gagner", qu'elle va connaître "une défaite imminente", ce sont ses mots, je cite : "une défaite imminente de l'Ukraine". Il a également déclaré que la Russie continue de surproduire plus que l'Occident et que les États-Unis ne peuvent pas fournir les armes demandées par l'Ukraine pour rivaliser avec la production militaire russe. Des déclarations très intéressantes de la part de Driscoll, des aveux de sa part. »

Mercouris : « Absolument. Et n'oublions pas qu'il est un responsable du Pentagone. Il travaille au Pentagone. Il reçoit vraisemblablement tous les renseignements de la Defense Intelligence Agency et d'autres organismes. Et il a raison. Tout ce qu'il a dit est vrai. Nous allons examiner la situation militaire sous peu. Mais lorsque Driscoll a tenté d'expliquer cela aux Européens, aux ambassadeurs et diplomates européens à Kiev après sa rencontre avec Zelenski et Yermak, les Européens étaient furieux. Un responsable européen a déclaré qu'il était "répugnant" d'entendre tout cela.

Et nous savons maintenant que Driscoll devait se rendre à une réunion à Londres. Apparemment, l'atmosphère était si hostile à son encontre qu'il a décidé d'annuler sa visite, car, encore une fois, les Européens ne voulaient pas entendre cela, et les Britanniques en particulier. Il est extraordinaire de constater à quel point les Occidentaux persistent à vivre dans un monde d'illusions, car c'est clairement ce que leur perception du monde est en train de devenir. »

Ces précisions introduisent un tableau général de la situation dont Mercouris s'est fait une spécialité, où l'on se trouve prêt, justement, d' « "une défaite imminente de l'Ukraine ». Mercouris note que le front du Donbass a été surpassé, en intensité, par le front Sud, où les avancées russes sont telles qu'il est possible que s'ouvre devant eux la route d'Odessa.

La guerre est terrible en ce moment, vraiment à son paroxysme, mais elle est largement concurrencée par la guerre au sein de l'Occident-compulsif, entre ceux qui se rendent à l'évidence (et s'y sont tenus peut-être depuis longtemps) et ceux qui ne veulent pas céder, bien plus solides encore que les brigades d'élite ukrainiennes. La Kallas, par exemple, nous dit dans un communiqué vengeur, sans peur et sans reproche, que "la narrative selon laquelle l'Ukraine va être battue est fausse"

Mercouris, après un rapide tour opérationnel, s'arrête à une nouvelle question de Christoforou sur un problème bien ancien dans cette guerre : mais croient-ils vraiment ce qu'ils disent lorsqu'ils poursuivent leur cavalcade victorieuse vers Moscou ? Mercouris tente une analyse de la valeur et du degré de croyance, et des raisons de cette croyance, pour finalement en arriver au dernier carré des croyants, du type "La Garde meurt mais ne se rend pas". Tout cela –pourrait nous réserver des situations abracadabrantesques et grandguignolesques à la fois:

« Quand viendra enfin le moment où ils reconnaîtront que ce n'est plus vrai ? L'avenir nous le dira. Peut-être lorsque les Russes atteindront Zaporijia. Mais je me demande parfois, comme pour certains, s'il ne faudra pas que les Russes prennent Kiev pour qu'ils acceptent la réalité. Je me demande même s'ils l'accepteraient alors... »

De fait, – si l'on peut dire, voulant parler de "faits", – plusieurs situations risquent d'être remarquables, d'être ouvertes, élargies et exploitées pour ce qui est des hypothèses d'interprétation, d'orientation, de "complotisation", etc.

• Le journal ‘The Economist' nous parle de l'Europe  d'après-guerre, où les Européens seront déchirés, – cela va sans dire pour ce quotidien qui n'a cessé de commenter la situation avec une telle objectivité et qui d'ailleurs ne parle pas de défaite mais de « paix conclue », – entre ceux qui n'accepteront pas la défaite (voir Mercouris) et ceux qui s'en arrangeraient. C'est l'UE qui s'écorcherait vive car s'il n'y a plus de guerre après avoir remporté haut la main une défaite si retentissante, que lui reste-t-il à faire, elle qui fut conçue secrètement comme un instrument de paix destinée à faire la guerre

« Pour The Economist, l'Europe pourrait entrer dans une nouvelle phase de tensions internes au moment même où la paix en Ukraine offrirait un premier répit. Pendant l'opération militaire spéciale, les pays européens sont restés soudés par un objectif commun : lutter contre la soi-disant "menace russe". Mais une fois la paix conclue, avertit l'hebdomadaire, cette "unité" pourrait ne pas perdurer.

Le journal britannique explique que l'après-guerre diviserait le continent entre l'Europe de l'Est, qui continuerait à invoquer la prétendue menace d'une attaque de Moscou — une idée dont l'absurdité a été soulignée à plusieurs reprises par le président Vladimir Poutine, qui a même proposé de formaliser par écrit l'absence d'une telle intention —, et l'Europe occidentale, qui souhaiterait "la normalité" et le rétablissement de ses relations avec la Russie. »

Assez curieusement, c'est par le contraire que nous serions tentés, avec trois pays d'Europe de l'Est (Tchéquie, Hongrie, Slovaquie) déjà presque neutre, une Pologne qui n'est pas loin de les rejoindre pour reconstituer un format renforcé de Visegrad plutôt arrangeant avec la Russie. Certes, restent Kallas et les trois pays baltes et nous comprenons qu'ils aient impressionné les journalistes de ‘The Economist'.

"Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?"

• Pendant ce temps, l'affaire de la très-très grande corruption, – en Ukraine, s'entend, – continue à progresser et à s'étendre comme une marée noire provoquée par un pétrolier fantôme russe. La mise en cause de Yermak, chef de cabinet et grand ami de Zelenski, fait penser à nombre d'esprits et de plumes que Mister Z est dans le collimateur. Certains conjuguent aussitôt la chute de l'Ukraine avec la chute de Zelenski, jugeant avec ce qu'ils croient être l'évidence, qu'il s'agit effectivement d'une évidence. Certains autres, au contraire et sautant sur l'occasion, y voient un maître-coup des globalistes  pour se "blanchir" en éliminant une marionnette pourrie et devenue inutile et en la remplaçant par une autre, toute propre, suite à des élections aux petits oignons. L'on risquera l'hypothèse : l'après-guerre est vraiment une belle ouverture pour une nouvelle guerre, sans qu'on sache comment, avec quels soldats, quelles armes et ainsi de suite ; et avec cela, proclamant fièrement le dicton fameux : "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?" (également employé par les anglophones en français dans leur langue).

"Plus ça change, plus c'est la même chose"

• Peu importe toutes ces hypothèses, une seule certitude : même si tout est fini, rien n'est fini et les simulacres de tous les bords se poursuivent. "Plus ça change, plus c'est la même chose", comme disent les améranophonistes qui savent reconnaître les vertus linguistiques de ces courageux français qui vinrent, il y a 250 ans et quelques, au secours des ‘insurgents' contre les épouvantables colonialistes british.

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